GEORGE DANDIN ou le mari confondu

Texte Molière
Mise en scène Jean-Pierre VINCENT
Assisté de Léa CHANCEAULME
Dramaturgie Bernard CHARTREUX
Scénographie Jean-Paul CHAMBAS Assisté de Carole METZNER
Costumes Patrice CAUCHETIER Assisté de Anne Autran Musique originale Gabriel DURIF d’après des extraits du « Grand Divertissement royal de Versailles » (Molière-Lully) Lumière/vidéo Benjamin NESME Son Benjamin FURBACCO Maquillage Suzanne PISTEUR Régie générale Xavier LIBOIS Réalisation costumes Atelier Caraco Construction décor et accessoires Les ateliers du Préau avec Cyrille FLORCHINGER et Clémentine PIGNAL Remerciements aux Ateliers de La Comédie de Caen CDN de Normandie 

Avec par ordre d’entrée en scène
Vincent GARANGER (George Dandin)
Etienne BEYDON (Colin)
Anthony POUPARD (Lubin)
Elizabeth MAZEV (Mme de Sotenville)
Alain RIMOUX (Mr de Sottenville)
Olivia CHATAIN (Angélique)
Aurélie EDELINE (Claudine)
Matthias HEJNAR (Clitandre)

Durée du spectacle : 1 heure 50 sans entracte – A partir de 13 ans

Production 2019 Studio Libre, Compagnie A L’Envi. La compagnie À L’Envi est conventionnée par le Ministère de la culture. Spectacle créé au Préau Centre Dramatique National de Normandie – Vire le 6 février 2018

Production de création Studio Libre, Le Préau Centre Dramatique National de Normandie – Vire, Théâtre Dijon Bourgogne – CDN avec la participation du Jeune Théâtre National

Vous l’avez voulu, vous l’avez voulu, George Dandin, vous l’avez VOULU.

UN SCÉNARIO POUR COMMENCER

Imaginons un paysan débrouillard, et mieux que cela, car le génie des affaires peut se nicher partout et la fortune commencer avec rien. Il a gratté et gratté, dans les céréales, ou le beurre, ou la bidoche – veaux, vaches, cochons, poulets. Il a entourloupé beaucoup de naïfs. Il a gagné beaucoup d’argent. Il a racheté des terres et agrandi ses domaines, gagné toujours plus d’argent. Il a fait le voyage de Paris et poussé jusqu’à Versailles où il a tout visité. Revenu ébloui, il se fait construire un Versailles modèle réduit, en pleine campagne, une petite Cour d’Honneur, histoire d’épater les nobliaux du coin qui l’ont toujours mis de côté.

Il s’est aussi payé les vêtements à la mode et se promène en marquis dernier cri : sa perruque est blonde, mais sa moustache est restée noire, il ne se rase qu’une fois par semaine, et sous ses parures, il a gardé son vieux tricot de corps, sa mascotte.

Bien sûr, il a fallu aussi s’acheter une femme et un nom. Les nobliaux les plus proches, famille appauvrie depuis longtemps, portant haut mais sentant la poussière et l’eau bénite, avaient une fille, jolie et bien élevée, comme au couvent. Ils possédaient assez de terres pour négocier un viager confortable contre un mariage humiliant : ainsi se tenaient-ils par la barbichette, pour la vie…

Le gars Dandin est devenu Monsieur De la Dandinière, noblesse illusoire, mais perçue comme un danger à l’époque par les soi-disant propriétaires de la France. Déjà.

Le couple Dandin s’est installé dans la nouvelle maison avant même la fin des travaux : on est encore dans les enduits ; il reste un petit tas de fumier dans un coin ; le puits central a été comblé, seulement recouvert d’un petit plancher de bois.

La vie du couple n’est pas joyeuse. La jeune femme ne supporte pas les manières brusques du mari qui l’a achetée. Et ce, d’autant plus qu’il a pris de mauvaises habitudes côté boisson : il est brutal et sent le cabaret. En tout cas, le mariage récent n’a pas encore été consommé… Comme elle le prend de haut – noblesse oblige – il devient violent. La nuit, on entend des cris au loin. C’est pourquoi tous les jours, les beaux-parents, par hasard, passent aux nouvelles.

C’est là que commence notre histoire en forme de théâtre : la descente aux Enfers de celui qui s’était cru parvenu (sic) au Ciel. Ne la racontons pas ici dans le détail : elle est assez simple et droite, en apparence du moins. Trois actes, trois tentatives pour rester le maître à bord, trois échecs, trois humiliations : le réel qu’on voulait fuir revient au galop. Le pire étant que le bonhomme sait pratiquement tout dès le départ, il le dit et le répète : inépuisable lutteur d’un combat perdu d’avance.

Il sera «confondu», c’est à dire «convaincu d’une erreur (ou d’une faute)». Il y a bien dans chaque acte une forme de procès, que lui-même cherche à intenter, et qui se retourne contre lui, avec châtiment à la clé. L’aristocratie, même morte, est épargnée. «L’impunité n’y est point punie», écrivait Ramon Fernandez. Mais «confondu» signifie aussi «troublé, agité, éperdu». Comme dans d’autres scénarios de Molière, il y a un «devenir fou» du personnage central : c’est la tragicomédie de George Dandin De la Dandinière. Mais qui sait ? Attendons la fin, la vraie fin, tragi-comique…